Monica Bercan

Carnet de voyage néo-écossais: Halifax sous l'angle microbrassicole

Monica Bercan
Carnet de voyage néo-écossais: Halifax sous l'angle microbrassicole

par Monica Bercan

Nous avons découvert la Nouvelle Écosse il y a 10 ans et depuis, on y va presque tous les étés.

C’est une terre magique qui s’agence à la mer et se complète en beauté parfaite. Les gens sont d’une simplicité choquante pour les cosmopolites. Tout semble ralentir en arrivant là. Rien ne presse, rien n’est grave.

C'est la place que mes enfant surnomment le refuge du bonheur. Chacun de nous fait les choses à sa guise, puis, à un moment donné... 

On se rassemble pour partir à la mer, en voile, en moteur ou en canot.

On se rassemble pour manger du poisson cru sur le ponton, fraichement péchés par les enfants.

On va chercher les homards et pétoncles du jour chez les pécheurs.

On cuisine une merveilleuse chaudrée, recette locale ou une tarte aux ribes rouges. 

On sort manger le meilleur fish & chips du monde ou on relaxe simplement au bord de l’eau avec une bonne bière.

Mais cette année notre exploration a carrément pris son envol. Elle nous a poussé à travers la province en quête de bières!

Il faut avouer qu'on se fait un devoir de bien fréquenter nos microbrasseries locales, alors imaginez notre excitation face à la promesse d'une toute nouvelle terre brassicole!

Selon leur histoire, c'est en 1754 que le premier brasseur local, William Steel, aurait ouvert ses plusieurs microbrasseries à même Halifax pour apaiser la soif des nouveaux arrivants.

Catalogués depuis comme un peuple assoiffé, les Néo-Ecossaises surprennent par une croissance verticale dans la consommation de bières de microbrasseries du coin. Malgré un fort intérêt pour la production du vin, cette province maintien un bel équilibre en "connaisseurs" de bière. 

1) Garrison Brewing

Depuis leur tout début en 1997, ils se sont fait une place dans le monde brassicole canadien en raflant des tas de prix.

La Irish Red est la plus renommée, pourtant j'ai pas préférence: La Ol’Fog Burner que j’ai découvert il y a deux ans. Un vin d’orge complexe, épicé, avec une belle amertume en finale.

Pour avoir déjà visité la brasserie en 2013, j'avais bien hâte de retrouver ce décor enchanteur: Une grande baie vitrée pour pouvoir observer la salle de brassage entière, et un chic bar pour gouter au généreux menu de A à Z! Sans parler de la vieille ligne d'embouteillage qui trônait dans le salon de présentation. Que d'émotions.

Cette année, on avoue qu'on était un brin déçus par une très restreinte disponibilité des bières et un look un peu plus commercial. Mais bon, ils continuent à faire des super ales, si seulement un peu trop dans les styles (ou est-ce la créativité québécoise qui me pousse porter jugement?).

2) Propeller Brewery

Ouverte en 1997, son créateur John Allen est un cinéaste passionné par le brassage maison.

Cette microbrasserie se concentre sur la vente locale. Elle est #1 à travers la province. 

Les ales du style anglais se retrouvent dans presque tous les magasins NSLC (équivalent à la SAQ) et dans beaucoup de restaurants. Les gens sont bien habitués à aller s’abreuver de bière fraiche directement à la brasserie, que ça soit en cruchons ou en fût (on vend en dépôt le système de service inclus). C’est bien attrayant!

3) Granite Brewery

Puisque plusieurs articles nous ont suggéré de le faire, nous nous rendons à l'autre bout de la ville pour visiter le 6054 Stairs Street.

C'est une des plus vieilles micros de la Nouvelle Écosse, ouverte en 1985 et installée initialement dans Ginger’s Tavern, un vieux bar de Halifax quant à lui fondé en 1948. Située maintenant sur la rue Stairs, l'endroit n'est malheureusement pas mis en valeur.

C'est un peu le chaos. Le gars à l’accueil nous jette un regard méfiant, surtout à la vue de mon Nikon, mais accepte finalement nous laisser visiter la salle de brassage, où l'on retrouve une antique bouilloire en cuivre importée d’Angleterre il y a 30 ans. Chose surprenante: Ils l'utilisent toujours pour brasser! On dirait que le temps s’est complètement arrêté dans ce quartier d'Halifax.

Aucune dégustation sur place, la vente se fait directement en cruchons et à moins que tu ne sois un connaisseur, il vaut mieux aller essayer leurs bières dans les bars du centre-ville. 

4) Henry House

En voilà une belle surprise! 

Un pub anglais qui est ma foi on-ne-peut-plus anglais. Cette maison en pierre de granite, construite en 1834, est franchement magnifique. 

Leur folle d'idée d’y ouvrir un trio resto/pub/salon résulte en un pur plaisir pour le visiteur.

En y rentrant, je suis en train d'échanger des textos avec David Atman, un amoureux fini de Halifax. Il nous suggère ironiquement de filer au Henry House. Une autre preuve que les passions doivent se rencontrer quelque part dans une autre dimension, car je ne crois pas aux coïncidence. 

On découvre le resto beau au rez-de-chassée, son atmosphère d’un calme typiquement anglais. 

La maison semble bien sonorisée. On ne s'attend pas à tomber sur ce pub très animé au sous sol. Presque toutes les tables sont prises, les gens sont épris d’une joie contagieuse. Sur la carte des bières, c’est Granite avec leur Peculiar. Ayant lu à propos de cette bière, je trouve d'autant plus son nom vendeur. Ça intrigue, donc le marketing est là. Mais, comme le dit un proverbe roumain: "Au pommier trop chargé, n’y va jamais avec le sac." La Peculiar n’impressionne pas non plus, malgré sa réputation.

On déguste aussi la Best Bitter, Irish Stout et Ringwood.

5) Stillwell

Notre périple Haligonien se poursuit vers le centre-ville. 

On s’arrête chez Stillwell, un bar à bière très moderne, art déco urbain. Je le compare un peu à notre Isle de garde. 

La brasserie ne sert que des bières néo-écossaises (à l’exception des invitations spéciales comme celle de notre très chère brasserie Dunham). 

On est là pour déguster la Nuppepo, dès son lancement. C’est une recette de Stillwell brassée par North Brewing à Halifax. Une saison noire au poivre et épices de Tokyo. C’est la première bière de la journée qui épate réellement. Elle est ultra-potable malgré son 8% d'alcool. J’aime beaucoup toutes ces épices qui percent à travers le malt caramel. Même si ce petit fruit ne figure par dans la liste d'ingrédients, c’est pour moi le cassis qui ressort, pourtant.

On n’a pas le temps d'en déguster d’autres, malheureusement, car nous avons un rendez-vous à la Rock Bottom Brewery, en plein centre-ville de Halifax. Quel belle nouvelle c'est de découvrir que des gens du domaine brassicole québécois voyagent en même temps que nous, aux mêmes endroits que nous! 

Ça renforce cette impression de prémonition, et malgré mon réalisme enraciné j’ai le pressentiment que cette rencontre a été arrangée par les astres brassicoles.

Une superbe soirée s'annonce en compagnie de Martin Thibault des Coureurs des Boires.

6) Rock Bottom Brewery 

En 2011, ils ont achètent leur système de brassage et débutent l’aventure.

Ils brassent sur place, et leur système est juste derrière les vitres au fond du pub.

Ce qui me plait le plus, c’est qu’ils utilisent des ingrédients locaux autant que possible.

C’est là qu’on découvre d'excellentes bières comme la Fathom IPA, The Loyalist E.S.B., The Raisin Hell Stout et FizzGig Imperial Red. Toutes ces recettes sont soignées. Fantastique!

Notre périple au coeur d'Halifax s’arrête ici, car nous devons prendre la route vers notre oasis de paix, et et y passer encore quelques jours pour regagner des forces.

Chose certaine, l'aventure brassicole ne fait que commencer dans l’Est de cette belle province.

Monica