Chocolats Favoris: La glace, l'alcool & nos deux printemps

par David Atman

Pour toutes infos pertinentes, c'est beaucoup plus bas. Pour l'instant, mes excuses, mais il faut que je vous parle, parce qu'il y a de ces aprèms où la vie semble incroyablement tolérable.

Vous voyez, il n'y a pas si longtemps, depuis un douillet divan du Chocolat Favoris, j'ai pu assister à un coucher de soleil Bouchervillois. 

Je dis 'assister,' parce que j'ai franchement eu l'impression d'y participer, d'être un actif contributeur à sa douce descente, de tremper moi-même cette énorme boule de glace dans la généreuse couche d'horizon. J'étais là, presque entièrement là, présent dans le présent de chez présent. Il y a de ces moments où on prend soudainement conscience de notre chance. Je ne dis pas que Chocolats Favoris était 100% responsable de cette illumination chauvine, mais disons que la terrasse foutûment bien placée, mon cornet épicé, le vent tiède et quelques variables sociaux assuraient un sentiment de vacances clandestines.

Je tiens à vous expliquer. Je n'ai jamais été grand fan de crème glacée. En général, je vois ça comme une collation follement riche qui requiert toute mon attention. Mais depuis ma découverte des Givrés à Montréal - qui ma foi m'a ouvert un portail vers une toute autre dimension déssertique - j'ai poussé le bouchon, ou l'enveloppe, ou grand-mère dans les orties. Et aujourd'hui, je regrette amèrement cette initiative.

Je me suis vite vu passer le point de non-retour. La crème glacée, la vraie, je ne pouvais plus la nier. Ma chute fut brutale pour cette froide création des plus fines et des plus rares. Je ne me reconnaissais plus. Ayant terminé la mienne, j'en étais venu à désirer celle d’autrui. J'étais au bas-fond du seau mais à la plus haute marche de l'échelle sensorielle.

Pour mon propre bien, une certaine retenue s'imposait. Mais alors là, quand j'ai oui-dire par le biais d'une certaine inconnue que cet événement aurait lieu avec ou sans moi, j'ai remis mon barrage à demain, pris mon courage à deux mains, et appliqué pour un laissez-passer. Pour un sacrifice. Pour la Décapsule, pour Boucherville, et pour l'appréciation de la calorie.

Rebroussons le fil temporel rien qu'un brin. En entrant par la porte de Chocolats Favoris, y'a déjà foule dans la bâtisse. Y'a des tas de belles gens, des artistes, des familles, copains copines de Gino Chouinard (tête bien connue de Salut Bonjour et nouveau propriétaire de la boutique).

Quoi que 'boutique,' c'est vite dit. L'endroit est énorme et vachement bien stocké d'une multitude de produits pour emporter. Des sucres d'orges, des pâtes de fruits, un arc-en-ciel de sucettes et une tablette complète de palettes dignes de Willy Wonka, le plouc au chapeau mauve.

C'est d'ailleurs exactement ce que le patron de l'entreprise, Dominique Brown, nous confirme debout sur le comptoir. L'idée du décor est de mettre l'accent sur le chocolat liquide, de recréer l'ambiance d'une chocolaterie quasi-magique où d'énormes tuyaux s'échappent du plafond pour aboutir en robinets à fondue.

Je me faufile entre Réal Béland, Lise Dion, Lynda Lemay, Mahé Paiement, et je retrouve Gino attablé avec une journaliste, l'entrevue fraîchement achevée. 

Il m’accueille avec entrain. Pendant que j'allume mon petit micro, lui grignote son fameux cornet trempé dans le chocolat. 

Je démarre la discussion: "Petite question indiscrète, combien de cornets comme ça tu peux t’enfiler en une soirée?"

"Ouf! Ben là c’est mon deuxième ce soir," m'avoue t'il.

Et c'est parti...

La vie est comme une boite de cocktails

"Chocolats favoris dans les derniers six mois s’est lancé le défi de créer 40 nouvelles bouchées de chocolat," m'explique Gino. "Dans ces 40 nouvelles bouchées, il y a deux familles. Notamment les desserts du terroir: Tarte aux pommes, tarte au citron, pouding chômeur, etc."

"Donc," je l'interromps, "est-ce que c’est simplement inspiré des recettes du terroir, où y’a des ingrédients du terroir la dedans?"

"Ingrédients du terroir, inspiré des recettes du terroir, il faut que ça goûte le terroir. Le pouding chômeur, c’est le croquant du pouding chômeur."

Et la deuxième catégorie?

"Des chocolats alcoolisés," me dit it. "Revus et corrigés, mettons. On sort du Tia Maria là. On va ailleurs. ... Y’a un au Schnaps aux pêches. Y’a le Cosmopolitain qui est nouveau aussi. Y’a le Bloody Ceasar… Y’a le Jack Daniel's bacon. Oui oui. Lardons et Jack Daniel's."

Là, il parle mon langage.

"D’ailleurs, un peu plus tôt," lui dis-je, "j'ai reçu une petit bouchée de mojito qui m'a explosé dans la bouche. On dirait presque de la cuisine moléculaire."

"C’est frais, j’adore ça," me dit il. "Le chocolatier Stéphane qui est ici ce soir a travaillé très fort, et on a engagé un mixologue tout l’hiver, un spécialiste. ... Ils ont combiné ensemble des façons de faire ressortir l’alcool de façons nouvelles dans le chocolat. Tu vas voir combien ils ont passé des heures et des heures à sortir l’essentiel du goût pour l’inclure dans le chocolat."

J'ai pas le choix, il faut que j'aille rencontrer ce chocolatier des lieux. Mais bon, je risque de me perdre en chemin, surtout en me retrouvant face à...

La station de trempage

J'y vois François Pérusse avec sa belle famille. Il me lance un chouette sourire. J'ose pas le déranger, mais reste que j'aimerais bien savoir quelle saveur il a choisi. Ça m'a tout l'air d'un truc dément du genre Chocolat Pétillant, ou celui au piment qui ne lésine aucunement sur la chaleur.

Je file comme un filou. Un verre de vin à la main gauche, mon Canon dans la droite, j’agrippe une bouchée sucrée-salée je ne sais trop comment. C'est une tomate d'amour (enrobée de caramel et de sésame), et y'a des petits pogos à la merguez (parce que la merguez, c'est la vie).

Enfin, la bouche pleine, j'accoste Stéphane Champagne, chocolatier. Quel type sympa!

Il m'explique tout son processus de création. Dans son labo (carrément), il joue avec les textures, utilisant un gélifiant comme la carraghénine. J'avais pas tort. C'est de la cuisine moléculaire. Parfois, il cherche à rendre la solution homogène et d'autres fois, il célèbre la séparation entre le chocolat et le liquide. Il s'assure ainsi de créer une bouchée équivalente à une gorgée de cocktail. C'est drôlement bien fait.

Stéphane me confirme qu'en effet, Chocolats Favoris est sur le point d’expérimenter avec la bière du Québec, une idée innovatrice plutôt excitante. Je lui offre ma carte. Tsé, on sait jamais.

Bref, il est difficile de ne pas devenir fan de Chocolats Favoris. On s'y plait. C'est du bon monde, de la top crème glacée, et les prix sont loin d'être exagérés.

Bientôt, avec les oompas loompas de mon frère, nous dégusterons leur fameuse fondue en canne.

Santé,

- D@