L'épopée assoiffée de Monica :: 25 bières au Mondial 2015

L'épopée assoiffée de Monica :: 25 bières au Mondial 2015

par Monica Bercan, brasserie Kruhnen -

Jour 1
5 bières à (surtout pas) éviter

Je suis d’avis que pour tous les festivals, on devrait organiser le JOUR 1 comme le jour des retrouvailles des brasseurs.

Je n’ai jamais été capable faire le tour complet d’un site de festival le premier jour, et encore moins réussi à déguster des bières, car le bonheur de retrouver des amis du monde brassicole est tellement intense que tout le reste passe au plan secondaire. Puis on jase, puis on s’embrasse, puis on se donne des conseils pour une bière qui mousse trop, ou pas assez, on se grouille vite à sortir du kiosque pour se dire bonjour en accrochant une caisse de verres qui se fracassent en milles morceaux.

On rencontre pour la première fois un bénévole qui bosse quand même pour nous depuis quelques heures. On vide le lieux de tous visiteurs puis on a encore du mal à se quitter.

Voici donc mon parcours qui, même si limité, s'est avéré plutôt stratégique.

Bière#1: Dunham

Après m'être rassurée avec Ovi (brasseur de Kruhnen et mari, vous savez) au sujet notre Tousky qui moussait un peu trop, je suis partie en mission précise vers le kiosque de Dunham. Je m'étais retenue auparavant de déguster à l’Assemblage #4, histoire de me réserver cette surprise pour le Mondial.

Cette bière, c'est du vin plein la bouche, mais pas n’importe quel vin. C’est comme celui que mes parents faisaient, à partir de groseilles rouges. Il garde une certaine aciditée brettée, un délice pour mes papilles.

Je suis contente de mon choix.

Bière#2: Loup Rouge

Je fais le saut au kiosque du Loup Rouge pour la première fois au Mondial, et je choisis leur nouvelle Saison de la Tondeuse, collaboration avec Les Grands Bois.

Super désaltérante! C'est en plein ce qu’il me fallait.

Bière#3: Benelux

Une vague d’amis m'emportent jusqu’au Benelux pour essayer la Fumata Bianca, une Grätzer Bier (malt de blé fumé). 

Il vous faut vraiment essayer cette bière de style polonais, peu connue au Québec.

Bière#4: Dieu du Ciel

Pas beaucoup plus loin, je tombe sur Dieu du Ciel (pas celui en haut qui se charge de nos âmes, mais celui sur terre qui se charge de remplir nos verres).

J’essaie la Genèse, une triple aux abricots. Yam! C'est clairement le meilleur choix pour se mettre à tripper sur les triples.

Zut! 

Le dernier gong du festival sonne pour annoncer une toute dernière dégustation. 

Bière#5: Micro du Lac

Je fais un pas à droite pour arriver au kiosque super stylisé de Transbroue et Francis Richer me sert une Zec Nemiscau de la Micro du Lac.

Ce n’est plus un secret que j’adore les gens du Lac St-Jean - leurs bières ET leurs fromages - mais ils sont parfois difficiles à suivre!

Une IPA sans houblon? 

Le houblon troqué pour des herbes?? Pas mal comme idée, et on avoue qu'on l'avait déjà nous-même considéré chez Kruhnen. Bien réussi!

Jour 2
Shooters de bébittes & brassins mortels

Le périple continue, cette fois ci plus relaxe.

J'ai le temps pour savourer à mon rythme 5 autres bières. Je rencontre des gens dans la deuxième soirée qui ont lu mon premier article et me disent:

"Ben, t’aurais du choisir cette bière à' place!"

Mais non, c’est ça l’idée! Faut se laisser inspirer par le moment. Je ne me suis même pas fait un trajet.

Je me laisse aller là où mes papilles me portent. Je les écoute, et une fois arrivée à un kiosque, leur demande: "De quoi avez-vous envie en ce moment? Qu’est que vous n’avez pas encore exploré, chères papilles?" 

Je ne cherche pas la bière vedette, mais la chose différente qui me pousse à évoluer, ou me combler, et qui semble appropriée au moment précis. C’est pour ça, un festival de bière. C’est la découverte! Pour chacun d'entre nous, à notre rythme, à notre goût.

Bière#6: Noire & Blanche

Au Noire et Blanche, je choisi L’! (L’Exclamation), car le nom intrigue et je n’ai jamais gouté une IPA faite par cette brasserie. Je la trouve très bonne, c’est le Vermont qui me fait un coucou.

Bière#7: Jukebox

Même si pas en ligne directe, je poursuis mes instincts et je me retrouve au kiosque de Jukebox pour la Double Distorsion.  Renaud s’excuse si elle est trop forte en houblon (are you kidding me?) - elle est parfaite!

Bière#8: Brouhaha

Prochain stop au Brouhaha pour une Sergent Ripin. Y'a belle histoire derrière cette saison brassée pour un ami de Marc Bélanger (brasseur). J’aime ça des histoires des bières.

Le Sergent n'est pas trop bretté, juste un peu pour habituer les non habitués à la brett (levure sauvage plutôt funky).

1001 Fondues

Ça y est, j’ai faim. Une fondue à la bière est justement la bienvenue:1001 Fondues sont là devant moi. Si vous ne les avez pas encore essayé, c’est le temps. De plus ça pourrait modifier votre trajectoire gustative.

Bière#9: La Fabrique

En tout cas, au kiosque de La Fabrique j’ai le gout d’uneKaliningrad, un impérial stout sec à 8% qu'il me fallait essayer. 

Et vous savez, on ne peut pas juste prendre un impérial stout et continuer comme si rien ne s’est passé. Donc faut expérimenter d'avantages et aller dans le domaine de l’extrême: leyark pour certains, mais pour moi c’est certainement du yummy. Ce shooter d'insectes...

Globe Trotteur

Que de délicieuses sauterelle et grillons, croquants au souhait, fin comme texture et un peu sucré en finale. Le deuxième shooter, je le garde pour la maison (faut nourrir les enfants aussi).

Bière#10: Station Ho.St

Voilà, je suis posée, zen, ouverte pour une étape supérieure et recevoir cetteMaia, une des 7 Sisters de Station Ho.St. 

Dites ce que vous voulez, car j’ai entendu dire que leur stout était magnifique, mais j’ai bien choisi la bière de ma soirée. Fruits et houblon dans un même verre, ni l'un ni l'autre qui prend trop de place. C'est bien équilibré et comme Fred disait: "Tu dois toucher la perfection avec chaque bière."

Hé ben, cette belge forte la touche.

Jour 3
Eruption de framboises & Envolée de Lucioles

Dans l’idée de vous faire connaitre 5 bières de microbrasseries québécoises par jour, toutes présentent au Mondial - et dans l’heureuse situation où je me suis gardée du matériel le jour deux, car des imprévus m’ont empêché d'être présente ce vendredi - je continue mon périple. 

Ne paniquez pas, vous perdrez rien du vendredi, car les frères Atman ont couvert la journée complète, donc attendez-vous à des surprises!

Bière#11: Les Trois Mousquetaires

Jeudi soir, c’est un cask que j’ai essayé et pas n’importe lequel, Berliner Weiss Iced Tea à 3.5% des Trois Mousquetaires.

À part la bière, le thé est ma boisson préférée, celle qui m’accompagne toute la journée, donc comment ignorer ce mélange osé d’une Berliner Weiss, de thé noir, de tamarin et de houblon Citra?

Je succombe à son charme et je me retiens d'en demander un deuxième bock, question de laisser la chance à quelqu’un d’autre.

Bière#12: 
Brasseur de Montréal

Sans faire exprès (je vous l'ai dit, on doit se laisser aller), j’arrive au kiosque deBrasseur de Montréal et Marc-André prend vite mon bock pour me le remplir d'Ô-Fruit! Je me dis alors que ce n’est pas par hasard, car je rêvais de gouter à cette explosion de framboises, version 2015.

Bière#13: Brasseurs du Monde

Tant qu'à nager dans les surettes, on va pousser alors plus. Sont-elles prêtes, mes papilles, à en essayer une dans les extrêmes? 

La Gueuze de Brasseurs du Monde. Francis Dubé m’assure qu’il peut y avoir seulement deux variantes: soit on l’adore, soit on la hait. Bon, je tombe dans la première catégorie, donc avec recul, j’étais plutôt prête!

Batistou

Pour sortir de cette transe gustative, je me dois d'oublier la dernière expérience, alors le Batistou vient à ma rescousse avec ce fin saucissons sec finement tranchés.

Bière #14: Trou du Diable

Allons voir le Trou du Diable (je parle de la brasserie de Shawinigan, ne sortez pas du sujet). C’est cette saison illuminée que je n’ai jamais gouté, cette bière si pompeuse nommée John Edward Aldred après ce monsieur qui aurait branché la ville de cette brasserie en 1940. Me voilà! Je vais maintenant briller comme une luciole, car cette bière m’envahit jusqu’à mes orteils.

Bière #15: Les 2 Frères

Et pourquoi ne pas boucler cette dégustation par une bière médaillée au Mondial, la Hickson impérial pale ale. 

Justement, sans aller la chercher expressément, en visitant le kiosque des Deux Frères on me l’a gentiment offerte (en échange d’une King Cogne de Kruhnen / La Décapsule). 

Des bières fantastiques auxquelles on a la chance d'avoir accès, ici à Montréal.

Jour 4
La Soirée de la Bottine

Ce soir je me promène en bottines.

Il fait beau, il fait chaud. C‘est juin, je sais que vous êtes tannés de l'hiver et que ne voulez plus en entendre parler, mais ça a adonné que mon verre de dégustation était la botte de l'Oktoberfest des québécois. 

Allons donc la remplir de bières froides. On écoute la bottine aujourd’hui.

Bière #16: Frampton Brasse

Comme par exemple, cette Hopfenweisse de Frampton Brasse. Bien sûr que je l’ai déjà gouté auparavant, mais c’est ce que ma botte demande, donc nul raison d'argumenter, mais il semble que cette botte magique soit en commun accord avec mes papilles pour m’offrir une belle allemande houblonnée et agrumée à souhait. 

Bière #17: Glutenberg

J’aimerais bien quitter le kiosque art-déco de Transbroue mais comme ma bottine est déterminée, elle s’empare d’une Imperial Sotolon de Glutenberg. Ce sotolon dont vous n’avez probablement jamais entendu parler est un composé aromatique qui se trouve dans le fenugrec, le sirop d’érable et la livèche. Comment ne pas s’attacher à ça? Dans la cuisine roumaine la livèche est omniprésente! De plus, cette bière est vieillie en barriques de rhum El Dorado. Je la fais gouter à mes amis, rien à dire: ils sont ravis.

Bière #18: Oshlag

Si l'on décide de rentrer dans les termes compliqués, allons explorer davantage une bière d’une brasserie en devenir, Oshlag. Oui! À Montréal, on peut voyager dans le temps et essayer des bières qui seront brassées en 2016. Donc cet Assemblage Tardif #3 (moi je l’appellerais précoce) c’est du pur gibberish brassicole, mais ça sonne tellement bien que j’y vais pour ça : Triple belge au raisin de Vidal tardif, assemblée avec une bragote brettée et une bière noire aux baies de goji. Crédit Francis Richer, dactylographie Simon Leblanc.

Déchiffrez-moi ça si vous pouvez! Semble-t-il que ma botte en connait plus sur moi, elle fait vite des connexions: mes grands-parents viticulteurs, la Braga, une ancienne boisson fermentée à base de millet provenant de l’Europe de l’est et le Magiun (marmelade) de goji, avec lequel j'ai grandi. Bang, le gibberish fait bien du sens dans ma tête.

Bière #19: Pit Caribou

Par ailleurs, ma bottine ne semble pas très sportive et aime plutôt trainer dans les mêmes recoins. Alors, elle s’empare d’une Blanche de Pratto, de Pit Caribou. C’est la blanche la plus blanche que j’ai jamais bue, jugez-en par vous-même. Je l’ai déjà servie à la Cuvée en 2014 et elle m’est restée bien en mémoire. Toujours si bonne et rafraîchissante. 

Bière #20: Saint Bock

Le dernier stop de ma bottine ce soir est au Saint Bock et devinez ce qu’elle a choisi ? Encore une froide! La Buffalo Bill, une wit à l’herbe de bison (Hierochloe Odorata). 

Je vous le dis, ma bottine est bien compliquée ou peut-être bien instruite, elle est la cousine d’une allemande, donc elle doit savoir des trucs sur la bière. Bien contente de la suivre ce soir! 

Jour 5
La fin finale des dernières heures

Le dernier kilomètre à parcourir: toujours avec le même plaisir et une énergie décuplée. Il nous reste encore des tas de bières à déguster, sans ordre en particulier. 

On se laisse comme toujours partir en quête de découvertes.

Bière #21: La Succursale

Allons donc voir ce Miláček à La Succursale. Faut d'abord aller se renseigner et les gens derrière le bar n’attendent que ça. Nous avons ici une vraie pils tchèque (Světlý Ležák qui peut sonner étrange, mais en même temps si familier dans la mémoire de mes oreilles), aromatisée de houblon Saaz spécifique à ce type de bière, qui donne un tout petit côté résineux et épicé.

J’en ai bu une seule autre similaire a Montréal, la Černá Hora (Montagne Noire) de l'Amère à Boire grâce au rallye Bières et Plaisirs en 2014.

Bière #22: Archibald

La Brise du Lac de Archibald! Cette photo est super, la belle fille m’a impressionné avec sa présence d’esprit à poser pour ma prise. C’est exactement ce que cette bière inspire: la légèreté de la brise (douce), et la spontanéité (acidulée). Une belle blonde bavaroise, quoi!

Bière #23: Farnham Ales & Lagers

Je me déplace au kiosque de Farnham. Il faut dire que j’avais déjà tout gouté, sauf la Brown Ale. Il me semblait que la transition était naturelle: partir des deux légères précédentes pour se diriger un peu plus vers le malt caramélisé. 

Bière #24: Le Temps d'une Pinte

Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de m'arrêter à ce kiosque, mais David lui s'y est régalé. Voici son moment savoureux:

Oké gang, l'Arrache-Temps, elle est juste trop folle. Une IPA Impériale à 8.2% qui en fait à peine 5% en bouche. C'est superbement équilibré, l'alcool bien camouflé, et d'une verdure inégalée. 'Vous jure que ça sent le Vermont à plein nez!

Bière #25: Kruhnen

Plus qu'une dernière microbrasserie à visiter dans cette course folle. (J’en ai certainement oublié, pardonnez-moi.) 

Comme je ne peux rester impartiale - car c’est mon cher mari qui brasse les bières chez Kruhnen - je demande l’opinion de mes deux chers amis qui viennent nous visiter lors de chaque festival, sans aucune prétention. Ils ne sont pas des beer geeks, bien au contraire. Ils ont fait leur "école" dans les spiritueux et les vins, mais tout de même!

Jean Gauvin a choisi la Tousky, la Pale Ale folle : Je pense que c'est par ce que c'est celle qui est la plus équilibrée, amalgame des saveurs Kruhnen (toutes les saveurs sont présentes et équilibrées) super agréable dans ce mélange de saveurs que j'ai vécu au mondial en buvant autant de bières originales et différentes. 

Fabrice Mazzarese a choisi la King Cogne, une IPA de seigle qu’on a brassé avec la Décapsule... On est sur leur site ici-même!

Pour la King Cogne, ce qui me plait par-dessus tout c'est la saveur fruitée, l'amertume d'une IPA équilibrée. Une belle bière qui se boit sans soif et qui ouvre les sens.

Enfin vient la fin de ce marathon bières.

Et avec le recul, je me dis que parmi les dernières 10 festivals du Mondial, c’est définitivement celui que j’ai aimé le plus. Pas pour une organisation différente (j’ai toujours la nostalgie de la gare Windsor, malgré le line-up de 3h à l’entrée), ni pour une atmosphère particulière, mais pour les bières québécoises présentées, pour ce travail acharné de nos brasseurs à sortir des produits qui dépassent notre imagination, en quête de l’excellence et de se surpasser eux même.

Pour cette fraternité et cette loyauté à l’artisanal: Chapeau!

- Monica